Les Télétravailleurs Font Griller des Merguez le Vendredi Après-Midi
Maintenant que vous êtes là…
Je manage une équipe de presque 10 analytics engineers et data engineers chez Unnest, un cabinet de conseil data en full remote depuis le premier jour.
Quand j’ai commencé à manager à distance, j’ai cherché des retours concrets et pratiques sur comment bien le faire. Je n’ai pas trouvé grand-chose. Alors voici ce que j’ai vraiment appris en trois ans — peut-être que ça servira à quelqu’un.
1. Votre équipe ne prend pas de pauses — et l’IA empire les choses
On part souvent du principe que les télétravailleurs sont plus détendus, qu’ils font moins d’heures. C’est l’inverse. Le télétravail supprime les temps de trajets & le rythme naturel qui nous force à décrocher. (Je sais — quelques PDG du CAC40 viennent de faire un malaise en lisant que les télétravailleurs pourraient trop travailler et qu’ils ne partent pas en week-end le vendredi midi.)
Au bureau, vous croisez quelqu’un à la machine à café. Vous marchez jusqu’à une salle de réunion. Vous captez une conversation et vous vous y greffez. Rien de tout ça n’arrive à la maison. Votre bureau est toujours là. Les notifications Slack ne s’arrêtent jamais. Et aucun signal social ne vous dit que c’est OK de faire une pause.
Ajoutez les LLMs au tableau — Claude Code, ChatGPT, Codex — et les interactions sociales diminuent deplus en plus. La dernière raison organique qu’avaient les gens de contacter un collègue, c’était de demander « eh, tu ferais comment toi ? ». Maintenant ils demandent à une IA et passent à la tâche suivante.
2. Utilisez un bureau virtuel
La première fois que j’ai ouvert Gather, je n’étais pas sceptique — j’étais chez moi. Des petits avatars qui se baladent sur un plan pixelisé ? J’ai déjà vu ça dans A Link to the Past. Et ça me rappelle les heures innombrables que j’ai passées sur RPG Maker à créer des jeux jamais sortis.
Et ça marche. Vous voyez qui parle avec qui dans une salle de réunion. Vous pouvez vous approcher de quelqu’un et discuter. Gather donne le sentiment de ne pas être seul. Vous pouvez aussi personnaliser votre bureau plus ou moins sérieusement. Notre open-space a un cimetière pour les employés qui ont malheureusement quitté la boîte. C’est chez nous.
Gather 2.0 a poussé le concept plus loin avec des features comme les pomodoros collectifs et des jeux interactifs. Au lancement, on pouvait même entendre par défaut toutes les discussions des gens autour de soi comme si on était dans le même open space. Ils ont vite désactivé cette fonctionnalité par défaut, car les discussions de couloir ne sont pas destinées à tous évidemment.
Honnêtement, j’irais même jusqu’à dire que Gather offre certains avantages de la vie de bureau sans les inconvénients (comme le DAF assis sur vos genoux jusqu’à ce que vous lui fournissiez son export Excel).
3. Créez des rituels — et mettez-les dans l’agenda
Du full remote sans rituels, c’est juste un groupe de freelances avec le même workspace Slack.
Nous prenons le café chaque matin à 9h, une pause l’après-midi, nous faisons des démos hebdomadaires, des réunions improvisées pour débloquer les collègues qui sont coincés. Rien de tout ça n’est révolutionnaire, mais en remote, si vous ne créez pas le moment, il n’existe pas. Il faut forcer au début, mais ça devient vite de bonnes habitudes.
Mettez tout dans l’agenda de tout le monde. Si ce n’est pas dans l’agenda, les gens ne viendront pas.
4. Allumez votre caméra
Merci Captain Obvious. Dans les entreprises où Teams est la norme, je vois plus d’avatars et d’initiales que de vrais visages.
Si vous voulez que votre équipe se sente bien, les gens doivent voir des visages. C’est le strict minimum. Mais ça permet aussi de lire les expressions — comment les gens réagissent, s’ils écoutent vraiment. Il y a de fortes chances que les 30 personnes dans ce call Teams avec la caméra coupée sont en train de lire des articles sur qui s’est fait éliminer de Danse avec les Stars ou de Top Chef hier soir.
5. Les rassemblements physiques valent mieux que le bureau au quotidien
Nos moments ensemble en présentiel sont de meilleure qualité que ce que vivent la plupart des équipes au bureau.
Dans un bureau traditionnel, voir ses collègues est routinier, banal, parfois épuisant. Chez Unnest, on fait deux séminaires par an et on rassemble toute la boîte chaque trimestre à Paris pour quelques jours. On visite de superbes endroits et on découvre d’excellents restaurants. Je fais tourner des one-shots D&D où mon équipe se fait dévorer par des Vers Pourpres. En se voyant moins, on finit par avoir de meilleurs moments ensemble. Chaque rassemblement est un événement, pas un jour de plus à la machine à café flinguée du rez-de-chaussée.
6. Notion est votre mémoire long terme
Tout ce qui doit exister au-delà d’aujourd’hui vit dans Notion. C’est notre source unique de vérité — le système d’exploitation central de toute l’équipe. Et dans une entreprise full remote, c’est ce qui fait que le travail asynchrone fonctionne vraiment. Quand les gens sont répartis sur différents fuseaux horaires, lieux et créneaux, vous ne pouvez pas compter sur « je leur demanderai demain ».
On suit tout dans des bases de données : les projets avec leur statut, ownership, timelines et infos client. Les tâches avec les responsables, deadlines et dépendances. Les décisions — ce qui a été décidé, pourquoi, et par qui. Les comptes rendus de réunion. Les livrables et la documentation.
7. Slack est votre mémoire court terme
Questions rapides, coordination quotidienne, déblocage en temps réel. Tout ce qui expire en 48 heures va ici.
Mais Slack peut vite devenir un cauchemar si vous ne posez pas de règles. Les nôtres sont simples : pas de messages privés pour les sujets de travail. Si quelque chose concerne plusieurs personnes, dites-le une fois dans un canal — n’envoyez pas le même message à cinq personnes séparément. Créez des canaux dédiés par sujet, gardez les canaux d’équipe pour le bavardage, et utilisez les threads de façon systématique. Sur cette règle des threads, si quelqu’un de mon équipe lit ça, je m’excuse. Je spam dans les threads, ET en dehors des threads.
Bref, arrêtez de mettre du savoir long terme dans des threads Slack qui seront enterrés d’ici vendredi.
8. Recrutez pour l’autonomie
Le full remote, c’est plus dur avec des profils juniors. Chez Unnest, on recrute délibérément des profils expérimentés qui savent déjà travailler de manière autonome. C’est un choix assumé. Si votre modèle de management repose sur le fait de pouvoir taper sur l’épaule d’un collègue, ça ne va pas faire long feu.
9. Faites des 1-to-1 hebdomadaires
Au bureau, vous sentez l’ambiance. À distance, non. Alors je fais des 1-to-1 hebdomadaires avec chaque membre de l’équipe.
Deux parties : un check structuré — où en est le taux d’occupation, est-ce-qu’il y a des des blocages, des mises à jour critiques — puis une conversation ouverte sur ce qui les impacte, positivement ou négativement. Tout est suivi dans Notion avec des boutons rapides pour créer des tâches directement depuis le 1-to-1. Comme ça, les actions ne se perdent pas dans les notes de la semaine dernière.
10. Allez à la pêche
Les gens ne vous diront pas ce qu’ils ont en tête. Pas de manière proactive. Pas tous. Au bureau, vous pourriez capter un soupir, un regard, quelqu’un d’anormalement silencieux. À distance, vous ne captez rien à moins d’aller chercher.
Alors il faut aller à la pêche. Poser les questions que personne ne pose. Créer l’espace pour les choses que les gens hésitent à dire. Si vous attendez que les gens viennent à vous, vous n’entendrez que les plus bruyants. Et quand les silencieux finissent par parler, c’est généralement trop tard.
Bref, on est vendredi, il est midi, et je travaille en full remote, alors je vais m’arrêter là.